Face à des tensions en termes de définitions, de réalités organisationnelles et à un contexte international et technologique qui chamboule ce qui semblait être des acquis, que faut-il mettre en avant lors des échanges d’un événement majeur consacré au numérique responsable ? C’est à cette question difficile que s’est attelé un groupe d’experts dans le cadre de la préparation du GreenTech Forum 2026.
« Ceux qui ne voudront entendre que “CO2” ne parleront que de “CO2” de toute façon. » Au détour d’une réunion, cette petite phrase d’un participant au comité de programme du GreenTech Forum 2026 peut sembler anecdotique, mais elle pointe de facto l’un des enjeux majeurs des débats qu’il est possible — et intéressant — d’avoir actuellement sur le numérique responsable.
L’expression « numérique responsable » peut en effet paraître simple et consensuelle de prime abord. Appel au bon sens (qui soutiendrait l’idée d’être irresponsable ?) et à un imaginaire positif, elle fait passer un message qui semble reconnaître en creux les risques et problématiques intrinsèques aux transformations numériques que vivent nos sociétés. Toutefois, l’expérience montre à quel point elle peut cacher, dans les propos de ceux qui l’utilisent, des réalités fort différentes. Comme avec de nombreux termes chapeaux, ces deux mots ont la force d’être synthétiques et de permettre de rassembler, mais ils présentent aussi le risque d’amener une forme de flou artistique pour préciser les enjeux et les défis à relever avec finesse. Une faille dans laquelle peuvent s’engouffrer toutes formes de «greenwashing », de « purpose-washing » ou, plus généralement, de platitudes pour éviter les sujets les plus difficiles.
En tant que rendez-vous de référence du numérique et de l’IA responsables, le GreenTech Forum est confronté directement à ce problème. Par nature, l’objet d’une telle rencontre de premier plan est de fédérer largement les énergies pour sortir des simples constats et proposer des recommandations d’action, des retours d’expérience permettant d’apprendre et de s’adapter, des inspirations pour remettre en question le statu quo… bref, d’éviter les lieux communs et de montrer ce que l’écosystème est capable de faire de mieux.
Mais pour construire un programme à la hauteur, il faut également prendre en compte deux réalités qui s’imposent avec force. La première, c’est la variété des profils intéressés — et intéressants — pour faire bouger les lignes. Même en ayant une approche résolument « BtoB », la diversité des postes, des niveaux de responsabilité, de la maturité et des expériences sur les thèmes du numérique responsable est très importante. Une ETI qui commence à se mobiliser n’aura pas toujours besoin des mêmes rencontres Set débats qu’un groupe qui œuvre depuis des années, déjà avec le soutien d’associations, à changer ses façons de développer ou de consommer le numérique.
Ensuite, l’autre enjeu majeur est de faire face au recul, dans la liste des priorités de nombreux dirigeants, des actions liées au numérique responsable. Sous les coups de boutoir des tendances politiques et géopolitiques mondiales, combinés à l’attention prédominante portée à la démocratisation de l’intelligence artificielle — sous ses formes générative et agentique —, les deux dernières années ont vu une mise entre parenthèses de nombreux efforts, de communications, voire parfois de budgets. Or, c’est justement face aux remous du monde et aux accélérations technologiques actuelles qu’il est plus que jamais important de susciter de la mobilisation, de partager les actions qui fonctionnent et de les démultiplier.
Ce contexte a été mis en avant par les membres du comité de programme du GreenTech Forum dès les premières discussions. Il explique d’ailleurs aussi pourquoi la constitution d’un tel comité, avec des membres nombreux et complémentaires, constitue une base essentielle pour assurer la qualité des échanges et des conférences. En réunissant à la fois des représentants des entreprises, des acteurs publics, des associations, du monde de l’éducation…, l’enjeu est bien d’aborder toute la richesse (et les difficultés) des problématiques qui se cachent derrière cette expression de « numérique responsable ».
La variété naturelle des approches s’est retrouvée mise au premier plan dans les discussions. Au-delà des thématiques globales liées, par exemple, aux bonnes pratiques d’écoconception, plusieurs représentants d’entreprises ont rapidement mis en avant la situation d’opacité dans laquelle la cloudification des systèmes IT les a conduits ces dernières années en matière environnementale. « À mesure que les fournisseurs cloud limitent la transparence granulaire sur les impacts énergétiques et CO₂, les équipes ne peuvent plus comparer de manière fiable les architectures ni faire des choix réellement plus verts », a par exemple expliqué un participant. De tels témoignages, ancrés dans le quotidien d’organisations en transformation, sont particulièrement précieux pour éviter de proposer des conférences et des débats trop théoriques ou déjà largement discutés depuis des années.
Il ne s’agit là que de l’un des nombreux exemples qui ont conduit à l’élaboration du « pré-programme » et de l’appel à intervenants officiels pour l’édition 2026 du GreenTech Forum, mais il rappelle avec force la variété des points de vue et des sensibilités qui doivent aujourd’hui nourrir les actions à mener. « Nous avons voulu construire un programme qui ne se contente pas de décrypter, mais qui aide réellement à décider et à agir. Le travail du comité de programme a consisté à faire émerger des sujets utiles, ancrés dans le réel, capables d’accompagner les organisations à chaque étape de leur maturité », insiste Véronique Beaupère, Ecosystem Advisor d’Alliancy et animatrice du comité.
Avec 36 thèmes préliminaires de conférences, le choix a été fait de couvrir le plus de domaines possible, même si, comme le rappelait un membre du comité : « De toute façon, nous avons à nous tous beaucoup plus de sujets que ce que toutes les conférences peuvent couvrir ! ». De quoi nourrir les prochaines éditions, mais aussi laisser la possibilité aux participants d’exposer plus en profondeur leurs expériences, défis et idées lors des interviews dédiées réalisées par le GreenTechForum et Alliancy dans les semaines à venir.
Dorian Marcellin, Directeur de la Rédaction | Alliancy média