STRATEGIE

Quel impact pour le numérique ? De l’IA désirable aux capacités d’adaptation des organisations

Octobre 2026

Le 5 novembre à Station F, GreenTech Forum 2026 ouvrira ses portes par une plénière de deux heures construites comme un appel à la mobilisation. En deux ans, le numérique responsable a en effet connu un net recul dans les priorités des organisations et de leurs DSI, submergés par la vague IA. Plutôt qu'un énième constat, la matinée donnera la parole à ceux qui construisent les actions nécessaires d’aujourd’hui et de demain pour changer la donne. Avec un fil rouge : la façon dont les organisations peuvent traduire ces enjeux dans leurs décisions et leurs pratiques.

L’IA : mesurer l’empreinte, interroger la finalité

Mesurer et réduire l’empreinte du numérique demeure indispensable. Mais pour Jean-Pierre Goux, mathématicien, auteur et fondateur de Biosphere Economics, il est urgent d’aller plus loin et de s’interroger sur le chemin « vers une IA désirable pour l’humanité et la planète ». Définir les contours de cette IA qui a du sens est un enjeu majeur. D’autant que nous sommes dans un moment de concentration inédite des pouvoirs de « décision technologique » dans les mains de quelques-uns. Au-delà de la puissance des modèles et de leur empreinte matérielle, il s’agit donc d’apprendre à réorienter la force de la vague plutôt que de la combattre.

Cette préoccupation rejoint d’ailleurs celle de Gaël Varoquaux, directeur de recherche à Inria et cofondateur de l’emblématique start-up Probabl, pour qui les tensions entre le développement de l’IA et les exigences du numérique responsable ne sont pas irréconciliables. En revanche, les masses d'argent brassées par les acteurs de l'IA peuvent selon lui vite réduire notre capacité de recul sur les équilibres environnementaux et sociétaux. Transparence sur les « ingrédients » des modèles, batailles de narratif… la mobilisation doit porter sur ces conditions qui permettent d’avoir une société qui fonctionne le mieux possible. C’est en tout cas un impératif quand on veut concilier, comme lui, un travail qui implique de faire progresser la frontière technologique avec une éthique et des engagements responsables au niveau individuel.

L’enjeu est donc moins de renoncer à l’IA, que d’en faire plutôt un usage proportionné aux besoins. Cette utilisation raisonnée suppose évidemment de mieux comprendre les impacts associés aux usages, mais en la matière, les entreprises et administrations ont trop souvent l’impression de rester seules à essayer de trouver des solutions à leur échelle. La mobilisation collective des organisations professionnelles est nécessaire pour faire avancer le cadre de compréhension, les règles et les comparatifs. C’est ce qui justifie les travaux de Numeum, syndicat professionnel des acteurs du numérique, de la Fédération française des télécoms, du Cigref ou encore de la Direction générale des entreprises, qui mènent chacun à leur manière un combat pour peser sur les réglementations qui pourront vraiment faire la différence. Leurs éclairages sur les priorités d’action institutionnelles nous donneront un aperçu des changements à venir dès 2027.

Quantique : intégrer la responsabilité dès la conception

Moins au centre de l’attention, le quantique pourrait cependant être un cas d’école parfait dans la transformation de notre rapport à la technologie. Selon les chercheuses et professionnels européens du quantique rencontrés en préparation de cette plénière d’ouverture du GreenTech Forum, une conviction s’impose : le « greenfield technologique » de leur domaine est l’occasion de penser tous les aspects de la « responsabilité by design » qui n’ont pas été pris en compte pour le reste des systèmes numériques. Autrement dit, faire mieux dès à présent dans cette phase amont, plutôt que d’attendre d’être mis devant le fait accompli de futurs impacts.

Alors que les avis divergent de plus en plus entre Européens et Américains sur l’intérêt d’une telle approche, le chantier reste immense. Ce qui n’empêche pas les initiatives de se multiplier. La Quantum Energy Initiative vise par exemple à fédérer des compétences pour définir des métriques scientifiquement robustes et pertinentes pour évaluer ces technologies. Tout l’enjeu consiste à intégrer ces critères aux processus de recherche, de développement et de déploiement, plutôt que d’attendre que les choix techniques soient déjà stabilisés. Mais tout comme pour l’IA, les usages quantiques retenus compteront autant que les performances des machines : quelles tâches justifieront de mobiliser ces capacités de calcul, et à quelles fins ? L’ouverture du GreenTech Forum 2026 sera donc aussi l’occasion de s’interroger sur le poids que l’Europe peut véritablement prendre dans cette discussion.

Adapter les organisations, au-delà des outils

Imaginer un avenir technologique plus sain, efficient et aux usages responsables ne suffit pas à traduire une mobilisation en résultats. Encore faut-il que les organisations puissent adapter leurs pratiques, leurs modes de coopération et, parfois, leur modèle économique.

Jérémy Roumian, directeur général de l’Human Adaptation Institute, reviendra dans ce cadre sur les principaux freins qui empêchent le plus souvent les humains et les organisations de s’adapter, notamment leur rapport au temps. Au-delà de la réalité technologique de l’IA, c’est par ailleurs sa dimension sociale très forte que les entreprises et administrations de toute taille doivent prendre en compte. La compréhension du travail réel, la validation des productions et la qualité des interactions entre collègues… autant d’éléments de la sociologie de nos organisations qui sont aujourd’hui remis en jeu. Avec tous les effets d’anomie, de pertes de confiance et de repères qui, en creux, peuvent nuire aux capacités d’adaptation face à un contexte environnemental de plus en plus lourd.

Dans cette discussion, quels messages font passer les entreprises de services numériques françaises, qui se retrouvent au cœur des transformations de leurs clients, tout en devant gérer leurs propres remises en question ? Axelle Lemaire, pour Sopra Steria, et Thomas Breuzard, pour Norsys, deux organisations de tailles différentes, reviendront sur les points où ils estiment qu’il est aujourd’hui possible de placer le curseur de l’adaptation et du développement fondé sur la responsabilité.

Une responsabilité collective à organiser

La plénière mettra ainsi en regard plusieurs niveaux de responsabilité : les finalités assignées à l’IA, les critères à intégrer aux technologies émergentes et la capacité des organisations à transformer concrètement leurs pratiques. Elle sera rythmée par les interventions, quiz et éclairages de Capucine Dupuy, autrice engagée de bandes dessinées. Ces deux heures d’échanges donneront le « la », en ouvrant les 32 conférences des deux journées du GreenTech Forum. De quoi tous nous inviter à examiner les arbitrages à opérer, les conditions nécessaires pour réellement avoir de l’impact et les moyens de faire de la responsabilité un critère effectif des décisions technologiques.

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Dorian MARCELLIN pour GreenTech forum.